Un petit domestique vint ouvrir, un garçon de dix-huit ans, à l'air gauche, aux mains niaises. J'écrivis sur ma carte un compliment galant pour la vieille actrice et une vive prière de me recevoir. Peut-être savait-elle mon nom et consentirait-elle à m'ouvrir sa porte.
Le jeune valet s'éloigna, puis revint en me demandant de le suivre; et il me fit entrer dans un salon propre et correct, de style Louis-Philippe, aux meubles froids et lourds, dont une petite bonne de seize ans, à la taille mince, mais peu jolie, enlevait les housses en mon honneur.
Puis, je restai seul.
Sur les murs, trois portraits, celui de l'actrice dans un de ses rôles, celui du poète avec la grande redingote serrée au flanc et la chemise à jabot d'alors, et celui du musicien assis devant un clavecin. Elle, blonde, charmante, mais maniérée à la façon du temps, souriait de sa bouche gracieuse et de son œil bleu; et la peinture était soignée, fine, élégante et sèche.
Eux semblaient regarder déjà la prochaine postérité.
Tout cela sentait l'autrefois, les jours finis et les gens disparus.
Une porte s'ouvrit, une petite femme entra; vieille, très vieille, très petite, avec des bandeaux de cheveux blancs, des sourcils blancs, une vraie souris blanche rapide et furtive.
Elle me tendit la main et dit, d'une voix restée fraîche, sonore, vibrante:
—Merci, monsieur. Comme c'est gentil aux hommes d'aujourd'hui de se souvenir des femmes de jadis! Asseyez-vous.
Et je lui racontai comment sa maison m'avait séduit, comment j'avais voulu connaître le nom de la propriétaire, et comment, l'ayant connu, je n'avais pu résister au désir de sonner à sa porte.