Quelquefois, l'Etna demeure tranquille pendant des siècles, soufflant seulement dans le ciel la fumée pesante de son cratère. Alors, sous les pluies et sous le soleil, les laves des anciennes coulées se pulvérisent, deviennent une sorte de cendre, de terre sablonneuse et noire, où poussent des oliviers, des orangers, des citronniers, des grenadiers, des vignes, des récoltes.
Rien de plus vert, de plus joli, de plus charmant que Aci-Reale, au milieu d'un bois d'orangers et d'oliviers. Puis, parfois, à travers les arbres, on aperçoit de nouveau un large flot noir qui a résisté au temps, qui a gardé les formes de tous les bouillonnements, des contours extraordinaires, des apparences de bêtes enlacées, de membres tordus.
Voici Catane, une vaste et belle ville, construite entièrement sur la lave. Des fenêtres du Grand-Hôtel nous découvrons toute la cime de l'Etna.
Avant d'y monter, écrivons en quelques lignes son histoire.
Les anciens en faisaient l'atelier de Vulcain. Pindare décrit l'éruption de 476, mais Homère ne le mentionne pas comme volcan. Il avait cependant forcé déjà, avant l'époque historique, les Sicanes à fuir loin de lui. On connaît environ 80 éruptions.
Les plus violentes furent celles de 396, 126, et 122 avant J.-C., puis celles de 1169, 1329, 1537, et, surtout, celle de 1669, qui chassa de leurs habitations plus de 27,000 personnes et en fit périr un grand nombre.
C'est alors que sortirent brusquement de terre deux hautes montagnes, les monts Rossi.
En 1693, une éruption, accompagnée d'un terrible tremblement de terre, détruisit 40 villes environ et ensevelit sous les décombres près de 100,000 personnes. En 1755, une autre éruption causa de nouveaux, d'épouvantables ravages. Celles de 1792,1843,1852,1865,1874, 1879 et 1882 furent également violentes et meurtrières. Tantôt les laves s'élancent du grand cratère; tantôt elles s'ouvrent des issues de 59 à 60 mètres de large sur les flancs de la montagne et s'échappent de ces crevasses en coulant vers la plaine.
Le 26 mai 1879, la lave, sortie d'abord du cratère de 1874, a jailli bientôt d'un nouveau cône de 170 mètres de haut, soulevé, sous leur effort, à une altitude de 2,450 mètres environ. Elle est descendue rapidement, traversant la route de Linguaglossa à Rondazzo, et s'est arrêtée près de la rivière d'Alcantara. La superficie de cette coulée est de 22,860 hectares, bien que l'éruption n'ait pas duré plus de dix jours.
Pendant ce temps, le cratère du sommet lançait seulement des vapeurs épaisses, du sable et des cendres.