Grâce à l'excessive complaisance de M. Ragusa, membre du Club Alpin, et propriétaire du Grand-Hôtel, nous avons fait, avec une extrême facilité, l'ascension de ce volcan, ascension un peu fatigante, mais nullement périlleuse.

Une voiture nous conduisit d'abord à Nicolosi, à travers des champs et des jardins pleins d'arbres poussés dans la lave pulvérisée. De temps en temps, on traverse d'énormes coulées que coupe l'entaille de la route, et partout le sol est noir.

Après trois heures de marche et de montée douce, on arrive au dernier village au pied de l'Etna, Nicolosi, situé déjà à 700 mètres d'altitude et à 14 kilomètres de Catane.

Là, on laisse la voiture pour prendre des guides, des mulets, des couvertures, des bas et des gants de laine, et on repart.

Il est quatre heures de l'après-midi. L'ardent soleil des pays orientaux tombe sur cette terre étrange, la chauffe et la brûle.

Les bêtes vont lentement, d'un pas accablé, dans la poussière qui s'élève autour d'elles comme un nuage. La dernière, qui porte les paquets et les provisions, s'arrête à tout instant, semble désolée par la nécessité de refaire, encore une fois, ce voyage inutile et pénible.

Autour de nous, maintenant, ce sont des vignes, des vignes plantées dans la lave, les unes jeunes, les autres vieilles. Puis voici une lande, une lande de lave couverte de genêts fleuris, une lande d'or; puis nous traversons l'énorme coulée de 1882; et nous demeurons effarés devant ce fleuve immense, noir et immobile, devant ce fleuve bouillonnant et pétrifié, venu de là-haut, du sommet qui fume, si loin, si loin, à 20 kilomètres environ. Il a suivi des vallées, contourné des pics, traversé des plaines, ce fleuve; et le voici à présent près de nous, arrêté soudain dans sa marche quand sa source de feu s'est tarie.

Nous montons, laissant à gauche les monts Rossi, et découvrant sans cesse d'autres monts, innombrables, appelés par les guides les fils de l'Etna, poussés autour du monstre, qui porte ainsi un collier de volcans. Ils sont 350 environ, ces noirs enfants de l'aïeul, et beaucoup d'entre eux atteignent la taille du Vésuve.

Maintenant, nous traversons un maigre bois poussé toujours dans la lave, et soudain le vent s'élève. C'est d'abord un souffle brusque et violent que suit un moment de calme, puis une rafale furieuse, à peine interrompue, qui soulève et emporte un flot épais de poussière.

Nous nous arrêtons derrière une muraille de lave pour attendre, et nous demeurons là jusqu'à la nuit. Il faut enfin repartir, bien que la tempête continue.