Au-dessous de ce personnage sacré sont les moquaddem, vicaires du cheik, propagateurs de la doctrine.

Enfin, les simples initiés à l'ordre s'appellent les khouan, les frères.

Chaque confrérie, pour atteindre l'état d'hallucination où l'homme se confond avec Dieu, a donc son oraison spéciale, ou plutôt sa gymnastique d'abrutissement. Cela se nomme le dirkr.

C'est presque toujours une invocation très courte, ou plutôt l'énoncé d'un mot ou d'une phrase qui doit être répété un nombre infini de fois.

Les adeptes prononcent, avec des mouvements réguliers de la tête et du cou, deux cents, cinq cents, mille fois de suite, soit le mot Dieu, soit la formule qui revient en toutes leurs prières: «Il n'y a de divinité que Dieu,» en y ajoutant quelques versets dont l'ordre est le signe de reconnaissance de la confrérie.

Le néophyte, au moment de son initiation s'appelle talamid, puis après l'initiation il devient mourid, puis faqir, puis soufi, puis salek, puis med jedoub (le ravi, l'halluciné). C'est à ce moment que se déclare chez lui l'inspiration ou la folie, l'esprit se séparant de la matière et obéissant à la poussée d'une sorte d'hystérie mystique. L'homme, dès lors, n'appartient plus à la vie physique. La vie spirituelle seule existe pour lui, et il n'a plus besoin d'observer les pratiques du culte.

Au-dessus de cet état, il n'y a plus que celui de touhid, qui est la suprême béatitude, l'identification avec Dieu.

L'extase aussi a ses degrés, qui sont très curieusement décrits par Cheik-Snoussi, affilié à l'ordre des Khelouatya, visionnaires-interprètes des songes. On remarquera les rapprochements étranges qu'on peut faire entre ces mystiques et les mystiques chrétiens.

Voici ce qu'écrit Cheik-Snoussi: «… L'adepte jouit ensuite de la manifestation d'autres lumières qui sont pour lui le plus parfait des talismans.

«Le nombre de ces lumières est de soixante-mille; il se subdivise en plusieurs séries, et compose les sept degrés par lesquels on parvient à l'état parfait de l'âme. Le premier de ces degrés est l'humanité. On y aperçoit dix mille lumières, perceptibles seulement pour ceux qui peuvent y arriver: leur couleur est terne. Elles s'entremêlent les unes dans les autres… Pour atteindre le second, il faut que le coeur se soit sanctifié. Alors on découvre dix mille autres lumières inhérentes à ce second degré, qui est celui de l'extase passionnée; leur couleur est bleu clair… On arrive au troisième degré, qui est l'extase du coeur. Là on voit l'enfer et ses attributs, ainsi que dix mille autres lumières dont la couleur est aussi rouge que celle produite par une flamme pure… Ce point est celui qui permet de voir les génies et tous leurs attributs, car le coeur peut jouir de sept états spirituels accessibles seulement à certains affiliés.