«S'élevant ensuite à un autre degré, on voit dix mille lumières nouvelles, inhérentes à l'état d'extase de l'âme immatérielle. Ces lumières sont d'une couleur jaune très accentuée. On y aperçoit les âmes des prophètes et des saints.

«Le cinquième degré est celui de l'extase mystérieuse. On y contemple les anges et dix mille autres lumières d'un blanc éclatant.

«Le sixième est celui de l'extase d'obsession. On y jouit aussi de dix mille autres lumières dont la couleur est celle des miroirs limpides. Parvenu à ce point, on ressent un délicieux ravissement d'esprit qui a pris le nom d'el-Khadir et qui est le principe de la vie spirituelle. Alors seulement on voit notre prophète Mohammed.

«Enfin on arrive aux dix mille dernières lumières cachées en atteignant ce septième degré, qui est la béatitude. Ces lumières sont vertes et blanches; mais elles subissent des transformations successives: ainsi elles passent par la couleur des pierres précieuses pour prendre ensuite une teinte claire, puis enfin acquièrent une autre teinte qui n'a pas de similitude avec une autre, qui est sans ressemblance, qui n'existe nulle part, mais qui est répandue dans tout l'univers… Parvenu à cet état, les attributs de Dieu se dévoilent… Il ne semble plus alors qu'on appartienne à ce monde. Les choses terrestres disparaissent pour vous.»

Ne voilà-t-il pas les sept châteaux du ciel de sainte Thérèse et les sept couleurs correspondant aux sept degrés de l'extase? Pour atteindre cet affolement, voici le procédé spécial employé par les Khelouatya:

«On s'assoit les jambes croisées et on répète pendant un certain temps: «Il n'y a de dieu qu'Allah,» en portant la bouche alternativement de dessus l'épaule droite, au-devant du coeur, sous le sein gauche. Ensuite on récite l'invocation qui consiste à articuler les noms de Dieu, qui implique l'idée de sa grandeur et de sa puissance, en ne citant que les dix suivants, dans l'ordre où ils se trouvent placés: Lui, Juste, Vivant, Irrésistible, Donneur par excellence, Pourvoyeur par excellence, Celui qui ouvre à la vérité les coeurs des hommes endurcis, Unique, Éternel, Immuable.»

Les adeptes, à la suite de chacune des invocations, doivent réciter cent fois de suite ou même plus certaines oraisons.

Ils se forment en cercle pour faire leurs prières particulières. Celui qui les récite, en disant Lui, avance la tête au milieu du rond en l'obliquant à droite, puis il la reporte en arrière, du côté gauche, vers la partie extérieure. Un seul d'entre eux commence à dire le mot Lui; après quoi tous les autres en choeur, en faisant aller la tête à droite, puis à gauche.

Comparons ces pratiques avec celles des Quadrya: «S'étant assis, les jambes croisées, ils touchent l'extrémité du pied droit, puis l'artère principale nommée el-Kias qui contourne les entrailles; ils placent la main ouverte, les doigts écartés, sur le genou, portent la face vers l'épaule droite en disant ha, puis vers l'épaule gauche en disant hou, puis la baissent en disant hi, puis recommencent. Il importe, et cela est indispensable, que celui qui les prononce s'arrête sur le premier de ces noms aussi longtemps que son haleine le lui permet; puis, quand il s'est purifié, il appuie de la même manière sur le nom de Dieu, tant que son âme peut être sujette au reproche; ensuite il articule le nom hou quand la personne est disposée à l'obéissance; enfin lorsque l'âme a atteint le degré de perfection désirable, il peut dire le dernier nom hi

Ces prières, qui doivent amener l'anéantissement de l'individualité de l'homme, absorbé dans l'essence de Dieu (c'est-à-dire l'état à la suite duquel on arrive à la contemplation de Dieu en ses attributs), s'appellent onerd-debered.