Deux jeunes gens surtout la poursuivaient avec obstination. Ils ne se ressemblaient guère.
L’un, M. Paul Péronel, était un grand garçon mondain, galant et hardi, homme à bonnes fortunes, qui savait attendre et choisir ses heures.
L’autre, M. d’Avancelle, frémissait en l’approchant, osait à peine deviner sa tendresse, mais la suivait comme son ombre, disant son désir désespéré par des regards éperdus et par l’assiduité de sa présence auprès d’elle.
Elle appelait le premier le «Capitaine Fracasse» et le second «Mouton Fidèle»; elle finit par faire de celui-ci une sorte d’esclave attaché à ses pas, dont elle usait comme d’un domestique.
Elle eût bien ri si on lui eût dit qu’elle l’aimerait.
Elle l’aima pourtant d’une singulière façon. Comme elle le voyait sans cesse, elle avait pris l’habitude de sa voix, de ses gestes, de toute l’allure de sa personne, comme on prend l’habitude de ceux près de qui on vit continuellement.
Bien souvent en ses rêves son visage la hantait; elle le revoyait tel qu’il était dans la vie, doux, délicat, humblement passionné; et elle s’éveillait obsédée du souvenir de ces songes, croyant l’entendre encore, et le sentir près d’elle. Or, une nuit (elle avait la fièvre peut-être), elle se vit seule avec lui, dans un petit bois, assis tous deux sur l’herbe.
Il lui disait des choses charmantes en lui pressant les mains et les baisant. Elle sentait la chaleur de sa peau et le souffle de son haleine; et, d’une façon naturelle, elle lui caressait les cheveux.
On est, dans le rêve, tout autre que dans la vie. Elle se sentait pleine de tendresse pour lui, d’une tendresse calme et profonde, heureuse de toucher son front et de le tenir contre elle.
Peu à peu il l’enlaçait de ses bras, lui baisait les joues et les yeux sans qu’elle fit rien pour lui échapper, et leurs lèvres se rencontrèrent. Elle s’abandonna.