Ce fut (la réalité n’a pas de ces extases), ce fut une seconde d’un bonheur suraigu et surhumain, idéal et charnel, affolant, inoubliable.
Elle s’éveilla, vibrante, éperdue, et ne put se rendormir, tant elle se sentait obsédée, possédée toujours par lui.
Et quand elle le revit, ignorant du trouble qu’il avait produit, elle se sentit rougir; et pendant qu’il lui parlait timidement de son amour, elle se rappelait sans cesse, sans pouvoir rejeter cette pensée, elle se rappelait l’enlacement délicieux de son rêve.
Elle l’aima, elle l’aima d’une étrange tendresse, raffinée et sensuelle, faite surtout du souvenir de ce songe, bien qu’elle redoutât l’accomplissement du désir qui s’était éveillé dans son âme.
Il s’en aperçut enfin. Et elle lui dit tout, jusqu’à la peur qu’elle avait de ses baisers. Elle lui fit jurer qu’il la respecterait.
Il la respecta. Ils passaient ensemble de longues heures d’amour exalté, où les âmes seules s’étreignaient. Et ils se séparaient ensuite énervés, défaillants, enfiévrés.
Leurs lèvres parfois se joignaient; et, fermant les yeux, ils savouraient cette caresse longue, mais chaste quand même.
Elle comprit qu’elle ne résisterait plus longtemps; et, comme elle ne voulait pas faillir, elle écrivit à son mari qu’elle désirait retourner près de lui et reprendre sa vie tranquille et solitaire.
Il répondit une lettre excellente, en la dissuadant de revenir en plein hiver, de s’exposer à ce brusque dépaysement, aux brumes glaciales de la vallée.
Elle fut altérée et indignée contre cet homme confiant, qui ne comprenait pas, qui ne devinait pas les luttes de son coeur.