Mais la jeune femme semblait incrédule....

«Non, docteur, on ne s’avise jamais qu’après coup de ce qu’on aurait dû faire dans les occasions périlleuses; et les femmes sont certes encore plus disposées que les hommes à perdre la tête.»

Le médecin leva les bras.

«Après coup, dites-vous! Nous autres, nous n’avons l’inspiration qu’après coup. Mais vous!... Tenez, je vais vous raconter une petite histoire arrivée à une de mes clientes à qui j’aurais donné le bon Dieu sans confession, comme on dit.

«Ceci s’est passé dans une ville de province.

«Un soir, comme je dormais profondément de ce pesant premier sommeil si difficile à troubler, il me sembla, dans un rêve obscur, que les cloches de la ville sonnaient au feu.

«Tout à coup je m’éveillai: c’était ma sonnette, celle de la rue, qui tintait désespérément. Comme mon domestique ne semblait point répondre, j’agitai à mon tour le cordon pendu dans mon lit, et bientôt des portes battirent, des pas troublèrent le silence de la maison dormante; puis Jean parut, tenant une lettre qui disait: «Mme Lelièvre prie avec instance M. le docteur Siméon de passer chez elle immédiatement.»

«Je réfléchis quelques secondes; je pensais: Crise de nerfs, vapeurs, tralala, je suis trop fatigué. Et je répondis: «Le docteur Siméon, fort souffrant, prie Mme Lelièvre de vouloir bien appeler son confrère M. Bonnet.»

«Puis, je donnai le billet sous enveloppe et je me rendormis.

«Une demi-heure plus tard environ, la sonnette de la rue appela de nouveau, et Jean vint me dire: «C’est quelqu’un, un homme ou une femme (je ne sais pas au juste, tant il est caché) qui voudrait parler bien vite à monsieur. Il dit qu’il y va de la vie de deux personnes.»