Je me souviens encore de ces spasmes terribles,
De ces baisers muets, de ces muscles ardents,
De cet être absorbé, blême et serrant les dents.
S’il ne sont pas divins, ces moments sont horribles
ou grotesques!... Oh! ma pauvre enfant, quel génie farceur, quel esprit pervers, te pouvait donc souffler tes mots... de la fin?
Je les ai collectionnés, mais, par amour pour toi, je ne les montrerai pas.
Et puis tu manquais vraiment d’à-propos, et tu trouvais moyen de lâcher un «Je t’aime!» exalté en certaines occasions si singulières, qu’il me fallait comprimer de furieuses envies de rire. Il est des instants où cette parole-là «Je t’aime!» est si déplacée qu’elle en devient inconvenante, sache-le bien.
Mais tu ne me comprends pas.
Bien des femmes aussi ne me comprendront point et, me jugeront stupide. Peu m’importe, d’ailleurs. Les affamés mangent en gloutons, mais les délicats sont dégoûtés, et ils ont souvent, pour peu de chose, d’invincibles répugnances. Il en est de l’amour comme de la cuisine.
Ce que je ne comprends pas, par exemple, c’est que certaines femmes qui connaissent si bien l’irrésistible séduction des bas de soie fins et brodés, et le charme exquis des nuances, et l’ensorcellement des précieuses dentelles cachées dans la profondeur des toilettes intimes, et la troublante saveur du luxe secret, des dessous raffinés, toutes les subtiles délicatesses des élégances féminines, ne comprennent jamais l’irrésistible dégoût que nous inspirent les paroles déplacées ou niaisement tendres.
Un mot brutal, parfois, fait merveille, fouette la chair, fait bondir le coeur. Ceux-là sont permis aux heures de combat. Celui de Cambronne n’est-il pas sublime? Rien ne choque qui vient à temps. Mais il faut aussi savoir se taire, et éviter en certains moments les phrases à la Paul de Kock.
Et je t’embrasse passionnément, à condition que tu ne diras rien.
RENÉ.