Et elle regarda autour d’elle avec la satisfaction visible d’avoir trouvé la table et le gîte en cette nuit glaciale. Elle était superbe, tellement jolie qu’elle m’étonnait, et grosse à ravir mon coeur pour toujours.
Elle ôta son manteau, son chapeau; s’assit et se mit à manger; mais elle ne paraissait pas en train; et parfois sa figure un peu pâle tressaillait comme si elle eût souffert d’un chagrin caché.
Je lui demandai: «Tu as des embêtements?»
Elle répondit: «Bah! oublions tout.»
Et elle se mit à boire. Elle vidait d’un trait son verre de Champagne, le remplissait et le revidait encore, sans cesse.
Bientôt un peu de rougeur lui vint aux joues; et elle commença à rire.
Moi, je l’adorais déjà, l’embrassant à pleine bouche, découvrant qu’elle n’était ni bête, ni commune, ni grossière comme les filles du trottoir. Je lui demandai des détails sur sa vie. Elle répondit: «Mon petit, cela ne te regarde pas!»
Hélas! une heure plus tard...
Enfin, le moment vint de se mettre au lit, et, pendant que j’enlevais la table dressée devant le feu, elle se déshabilla vivement et se glissa sous les couvertures.
Mes voisins faisaient un vacarme affreux, riant et chantant comme des fous; et je me disais: «J’ai eu rudement raison d’aller chercher cette belle fille; je n’aurais jamais pu travailler.»