..... M. Tourgueneff m'a dit hier que vous ne seriez peut-être pas ici avant la fin de février, et cela m'a rempli de tristesse. J'ai un besoin énorme de causer avec vous, j'ai le cerveau plein de choses à vous dire: je suis malade d'une trop longue continence d'esprit, comme on l'est d'une chasteté prolongée.
Il y a sur Paris, en ce moment, une atmosphère de lubricité qui m'est douce. On ne parle que des histoires de Mme Ch. H., du prince de Hohenlohe, et d'une autre dame qu'on ne nomme pas. Demandez à Mme Lapierre de vous raconter tout cela. Je travaille trop en ce moment..... Mais l'impudicité du bon public me réjouit.
Revenez vite, cher maître, je vous embrasse en attendant avec une affection toute filiale.
Votre
Guy de Maupassant.
MINISTÈRE DE LA MARINE ET DES COLONIES.
Paris, ce 10 décembre 1877.
Il y a longtemps que je veux vous écrire, mon bien-aimé maître, mais la Politique!!... m'a empêché de le faire. La politique m'empêche de travailler, de sortir, de penser, d'écrire. Je suis [CIV] comme les indifférents qui deviennent les plus passionnés, et comme les pacifiques qui deviennent féroces. Paris vit dans une fièvre atroce et j'ai de cette fièvre: tout est arrêté, suspendu comme avant un écroulement. J'ai fini de rire et suis en colère pour de bon. L'irritation que causent les manœuvres scélérates de ces gueux est tellement intense, continuelle, pénétrante, qu'elle vous obsède à toute heure, vous harcèle comme des piqûres de moustiques, vous poursuit...
... J'ai l'air de faire des phrases—tant pis.—Je demande la suppression des classes dirigeantes: de ce ramassis de beaux messieurs stupides qui batifolent dans les jupes de cette traînée dévote et bête qu'on appelle la bonne société.