Eh bien, je trouve maintenant que 93 a été doux, que les septembriseurs ont été cléments, que Marat est un agneau, Danton un lapin blanc et Robespierre un tourtereau. Puisque les vieilles classes dirigeantes sont aussi inintelligentes aujourd'hui qu'alors, aussi incapables de gouverner aujourd'hui qu'alors, aussi viles, trompeuses et gênantes aujourd'hui qu'alors, il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd'hui comme alors, et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins. O radicaux, quoique vous ayez bien souvent du petit bleu à la place de cervelle, délivrez-nous des sauveurs et des militaires qui n'ont dans la tête qu'une ritournelle et de l'eau bénite.
Voilà huit jours que je ne puis plus travailler, tant je suis exaspéré par le bourdonnement que me font aux oreilles les machinations de ces odieux cuistres.
Pourtant, j'aurai achevé de refaire mon drame (tout à fait remanié) vers le 15 janvier. Enfin je vous le soumettrai peu de temps après votre retour. J'ai fait aussi le plan d'un roman que je commencerai aussitôt mon drame terminé.
Et (par-dessus tout) Hugo—notre poète,—qui donne à dîner à tous les JOURNALISTES de Paris,—et qui demande à avoir auprès de lui Sarcey et Vitu, lesquels ne daignent pas venir.—On remarque leur absence et on les regrette.—Il y avait là Albert Delpit! Cochinat! et cent inconnus que Hugo a traités de grands artistes.—Lisez son discours, du reste.
Je ne vais pas mal, malgré tout, et vous embrasse en espérant causer bientôt avec vous.
Guy de Maupassant.
Ma lettre n'a peut-être pas le sens commun. Elle vous prouvera toujours que je pense souvent à vous.
Compliments au bon Laporte. Je pense, d'après votre dernière lettre, que Mme Commanville est à Paris et je tâcherai de la voir demain.