Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.
La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.
Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.
Oh! la terrible nuit pour les petits oiseaux!
Un vent glacé frissonne et court par les allées;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège;
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.
ENVOI D'AMOUR
DANS LE JARDIN DES TUILERIES.
Accours, petit enfant dont j'adore la mère
Qui pour te voir jouer sur ce banc vient s'asseoir,
Pâle, avec les cheveux qu'on rêve à sa Chimère
Et qu'on dirait blondis aux étoiles du soir.
Viens là, petit enfant, donne ta lèvre rose,
Donne tes grands yeux bleus et tes cheveux frisés;
Je leur ferai porter un fardeau de baisers,
Afin que, retourné près d'Elle à la nuit close,
Quand tes bras sur son cou viendront se refermer,
Elle trouve à ta lèvre et sur ta chevelure
Quelque chose d'ardent ainsi qu'une brûlure!
Quelque chose de doux comme un besoin d'aimer!
Alors elle dira, frissonnante et troublée
Par cet appel d'amour dont son cœur se défend,
Prenant tous mes baisers sur ta tête bouclée:
«Qu'est-ce que je sens donc au front de mon enfant?»