Elle! dans une barque! Étendue à l'arrière,
Elle tenait la barre et passait en chantant!
Il resta consterné, pâle et le cœur battant,
Pendant que sa Beauté fuyait sur la rivière.

Il était triste encore à l'heure du dîner!
On s'arrêta devant une petite auberge,
Dans un jardin charmant, par des vignes borné,
Ombragé de tilleuls, et qui longeait la berge.

Mais d'autres canotiers étaient déjà venus;
Ils lançaient des jurons d'une voix formidable,
Et, faisant un grand bruit, ils préparaient la table
Qu'ils soulevaient parfois de leurs bras forts et nus.

Elle était avec eux et buvait une absinthe!
Il demeura muet. La drôlesse sourit,
L'appela.—Lui restait stupide.—Elle reprit:
«Çà, tu me prenais donc, nigaud, pour une Sainte?»

Or il s'approcha d'elle en tremblant; il dîna
A ses côtés, et même au dessert s'étonna
De l'avoir pu rêver d'une haute famille,
Car elle était charmante, et gaie, et bonne fille.

Elle disait: «Mon singe,» et «mon rat,» et «mon chat,»
Lui donnait à manger au bout de sa fourchette.
Ils partirent, le soir, tous les deux en cachette,
Et l'on ne sut jamais dans quel lit il coucha!

Poète au cœur naïf il cherchait une perle;
Trouvant un bijou faux, il le prit et fit bien.
J'approuve le bon sens de cet adage ancien:
«Quand on n'a pas de grive, il faut manger un merle.»

NUIT DE NEIGE.

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.