Quand on nous eut séparés, je m'enfuis dans ma chambre, abruti d'étonnement. Je m'enfermai à clef et je m'assis, les pieds sur une chaise, car mes bottines étaient demeurées chez la jeune personne.
J'entendais une grande rumeur dans tout le château, des portes ouvertes et fermées, des chuchotements, des pas rapides.
Au bout d'une demi-heure on frappa chez moi. Je criai: «Qui est là?» C'était mon oncle, le père du marié de la veille. J'ouvris.
Il était pâle et furieux et il me traita durement: «Tu t'es conduit chez moi comme un manant, entends-tu?» Puis il ajouta d'un ton plus doux: «Comment, bougre d'imbécile, tu te laisses surprendre à dix heures du matin! Tu vas t'endormir comme une bûche dans cette chambre au lieu de t'en aller aussitôt... aussitôt après.»
Je m'écriai: «Mais mon oncle, je vous assure qu'il ne s'est rien passé... Je me suis trompé de porte, étant gris.»
Il haussa les épaules: «Allons ne dis pas de bêtises.» Je levai la main: «Je vous le jure sur mon honneur.» Mon oncle reprit: «Oui, c'est bien. C'est ton devoir de dire cela.»
A mon tour, je me fâchai, et je lui racontai toute ma mésaventure. Il me regardait avec des yeux ébahis, ne sachant pas ce qu'il devait croire.
Puis il sortit conférer avec le colonel.
J'appris qu'on avait formé aussi une espèce de tribunal de mères, auquel étaient soumises les différentes phases de la situation.
Il revint une heure plus tard, s'assit avec des allures de juge, et commença: «Quoi qu'il en soit, je ne vois pour toi qu'un moyen de te tirer d'affaires, c'est d'épouser Mlle Dumoulin.»