La tante le regardait venir, voyant bien qu'il aimait cette enfant. Et il attendait. Quoi? Le savait-il?

Un soir, ils se trouvèrent seuls. Ils causaient doucement, côte à côte, sur le canapé du petit salon. Tout à coup il lui prit la main dans un mouvement paternel. Et il la garda, troublé du cœur et des sens malgré sa volonté, n'osant plus repousser cette main qu'elle lui abandonnait, et se sentant défaillir s'il la gardait. Et brusquement elle se laissa tomber dans ses bras. Car elle l'aimait ardemment, comme sa mère l'avait aimé, comme si elle eût hérité de cette passion fatale.

Éperdu, il posa ses lèvres dans ses cheveux blonds, et comme elle relevait la tête pour s'enfuir, leurs bouches se rencontrèrent.

On devient fou en certains moments. Ils le furent.

Quand il se retrouva dans la rue, il se mit à marcher devant lui sans savoir ce qu'il allait faire.

Je me rappelle, madame, votre cri indigné: «Il n'avait plus qu'à se tuer!»

Je vous ai répondu: «Et elle? fallait-il qu'il la tuât aussi?»

Cette enfant l'aimait avec égarement, avec folie, de cette passion fatale et héréditaire qui l'avait abattue, vierge, ignorante et éperdue sur la poitrine de cet homme. Elle avait agi ainsi dans cette irrésistible ivresse de l'être entier qui ne sait plus, qui se donne, que l'instinct tumultueux emporte, jette à l'étreinte d'un amant, comme il jette la bête au mâle.

S'il se tuait, que deviendrait-elle?... Elle mourrait!... Elle mourrait déshonorée, désespérée, abominablement torturée.

Que faire?