L'abandonner, la doter, la marier?... Elle mourrait encore; elle mourrait de chagrin, sans accepter son argent ni un autre époux, puisqu'elle s'était livrée à lui. Il avait brisé sa vie, détruit tout bonheur possible pour elle; il l'avait condamnée à l'éternelle misère, à l'éternel désespoir, aux flammes éternelles, à l'éternelle solitude ou à la mort.
Et puis, il l'aimait aussi, lui! Il l'aimait avec horreur, maintenant, mais aussi avec emportement. C'était sa fille, soit. Le hasard des fécondations, la loi brutale de la reproduction, un contact d'une seconde avaient fait sa fille de cet être qu'aucun lien légal n'attachait à lui, qu'il chérissait comme il avait chéri sa mère, et même plus, comme si deux passions se fussent accumulées en lui.
Était-elle bien sa fille d'ailleurs? Et puis, qu'importe? Qui donc le saurait?
Et le souvenir ardent lui revenait des serments faits à la mourante. «Il avait promis qu'il donnerait toute sa vie à cette enfant, qu'il commettrait un crime s'il le fallait, pour son bonheur.»
Et il l'aimait, se plongeant dans la pensée de son forfait abominable et doux, déchiré de douleur et ravagé de désirs.
Qui donc le saurait?... puisque l'autre était mort, le père!
«Soit! se dit-il; ce secret infâme pourra me rompre le cœur. Comme elle ne le saurait soupçonner, j'en porterai seul le poids.»
Il demanda sa main, et l'épousa.
Je ne sais pas s'il fut heureux, mais j'aurais fait comme lui, madame.