Quand la grande lune illuminante des pays chauds s'étalait en plein dans le ciel, éclairant la ville et le golfe avec son cadre arrondi de montagnes, nous apercevions alors sur toutes les autres terrasses comme une armée de silencieux fantômes étendus qui parfois se levaient, changeaient de place et se recouchaient sous la tiédeur langoureuse du ciel apaisé.
Malgré l'éclat de ces soirées d'Afrique, Marroca s'obstinait à se mettre nue encore sous les clairs rayons de la lune; elle ne s'inquiétait guère de tous ceux qui nous pouvaient voir, et souvent elle poussait par la nuit, malgré mes craintes et mes prières, de longs cris vibrants, qui faisaient au loin hurler les chiens.
Comme je sommeillais un soir, sous le large firmament tout barbouillé d'étoiles, elle vint s'agenouiller sur mon tapis, et approchant de ma bouche ses grandes lèvres retournées:
«Il faut, dit-elle, que tu viennes dormir chez moi.»
Je ne comprenais pas. «Comment chez toi?
—Oui, quand mon mari sera parti, tu viendras dormir à sa place.»
Je ne pus m'empêcher de rire.
«Pourquoi ça, puisque tu viens ici?»
Elle reprit, en me parlant dans la bouche, me jetant son haleine chaude au fond de la gorge, mouillant ma moustache de son souffle: «C'est pour me faire un souvenir.» Et l'r de souvenir traîna longtemps avec un fracas de torrent sur des roches.