Je ne saisissais point son idée. Elle passa ses bras à mon cou. «Quand tu ne seras plus là, dit-elle, j'y penserai. Et quand j'embrasserai mon mari, il me semblera que ce sera toi.»

Et les rrrai et les rrra prenaient en sa voix des grondements de tonnerres familiers.

Je murmurai attendri et très égayé:

«Mais tu es folle. J'aime mieux rester chez moi.»

Je n'ai, en effet, aucun goût pour les rendez-vous sous un toit conjugal; ce sont là des souricières où sont toujours pris les imbéciles. Mais elle me pria, me supplia, pleura même, ajoutant: «Tu verras comme je t'aimerrrai.» T'aimerrrai retentissait à la façon d'un roulement de tambour battant la charge.

Son désir me semblait tellement singulier que je ne me l'expliquais point; puis, en y songeant, je crus démêler quelque haine profonde contre son mari, une de ces vengeances secrètes de femme qui trompe avec délices l'homme abhorré et le veut encore tromper chez lui, dans ses meubles, dans ses draps.

Je lui dis: «Ton mari est très méchant pour toi?»

Elle prit un air fâché. «Oh non, très bon.

—Mais tu ne l'aimes pas, toi?»

Elle me fixa avec ses larges yeux étonnés.