Et un souffle de vent traversant, le grand arbre jaune secoua ses grappes, enveloppa d’une nuée odorante et fine les deux vieillards qui la respirèrent à longs traits.

Et le sénateur ajouta: «C’est bon vraiment d’avoir vingt-cinq ans, et même de faire des enfants comme ça.»

Un Fils a paru dans le Gil Blas du mercredi 19 avril 1882, sous le titre de Père inconnu et signé: Maufrigneuse.

La première version n’a pas tout le développement de la seconde. Quelques paragraphes sont écourtés.


SAINT-ANTOINE.

A X. Charmes.

On l’appelait Saint-Antoine, parce qu’il se nommait Antoine, et aussi peut-être parce qu’il était bon vivant, joyeux, farceur, puissant mangeur et fort buveur, et vigoureux trousseur de servantes, bien qu’il eût plus de soixante ans.

C’était un grand paysan du pays de Caux, haut en couleur, gros de poitrine et de ventre, et perché sur de longues jambes qui semblaient trop maigres pour l’ampleur du corps.

Veuf, il vivait seul avec sa bonne et ses deux valets dans sa ferme qu’il dirigeait en madré compère, soigneux de ses intérêts, entendu dans les affaires et dans l’élevage du bétail, et dans la culture de ses terres. Ses deux fils et ses trois filles, mariés avec avantage, vivaient aux environs, et venaient, une fois par mois, dîner avec le père. Sa vigueur était célèbre dans tout le pays d’alentour; on disait en manière de proverbe: «Il est fort comme Saint-Antoine.»