Le soir même, un délégué du gouvernement venait ouvrir une enquête. Il semblait d’ailleurs juger ce cas singulier en homme d’esprit et de raison. Mais que dira-t-il dans son rapport?

Les Indiens ont déclaré que, si on les avait empêchés en France de brûler leur mort, ils l’auraient emporté dans une terre plus libre, où ils auraient pu se conformer à leurs usages.

J’ai donc vu brûler un homme sur un bûcher et cela m’a donné le désir de disparaître de la même façon.

Ainsi, tout est fini tout de suite. L’homme hâte l’œuvre lente de la nature, au lieu de la retarder encore par le hideux cercueil où l’on se décompose pendant des mois. La chair est morte, l’esprit a fui. Le feu qui purifie disperse en quelques heures ce qui fut un être; il le jette au vent, il en fait de l’air et de la cendre, et non point de la pourriture infâme.

Cela est propre et sain. La putréfaction sous terre, dans cette boîte close où le corps devient bouillie, une bouillie noire et puante, a quelque chose de répugnant et d’atroce. Le cercueil qui descend dans ce trou fangeux serre le cœur d’angoisse; mais le bûcher qui flambe sous le ciel a quelque chose de grand, de beau et de solennel.

Le Bûcher a paru dans le Figaro du dimanche 7 septembre 1884.


TABLE DES MATIÈRES.

Pages.
Clair de Lune.[1]
Un Coup d’État.[13]
Le Loup.[33]
L’Enfant.[45]
Conte de Noël.[59]
La Reine Hortense.[71]
Le Pardon.[87]
La Légende du Mont-Saint-Michel.[101]
Une Veuve.[113]
Mademoiselle Cocotte.[125]
Les Bijoux.[137]
Apparition.[153]
La Porte.[169]
Le Père.[181]
Moiron.[191]
Nos Lettres.[205]
La Nuit (cauchemar).[217]
L’Enfant (inédit).[229]
En voyage (inédit).[241]
Le Bûcher (inédit).[253]