Une réflexion surtout torturait le médecin. S’il donnait l’assaut, il faudrait marcher à la tête de ses hommes; et comme, lui mort, toute contestation cesserait, c’était sur lui, sur lui seul que tireraient M. de Varnetot et ses trois gardes. Et ils tiraient bien, très bien; Picart venait encore de le lui répéter. Mais une idée l’illumina et, se tournant vers Pommel:
—Allez vite prier le pharmacien de me prêter une serviette et un bâton.
Le lieutenant se précipita.
Il allait faire un drapeau parlementaire, un drapeau blanc dont la vue réjouirait peut-être le cœur légitimiste de l’ancien maire.
Pommel revint avec le linge demandé et un manche à balai. Au moyen de ficelles, on organisa cet étendard que M. Massarel saisit à deux mains; et il s’avança de nouveau vers la mairie en le tenant devant lui. Lorsqu’il fut en face de la porte, il appela encore «Monsieur de Varnetot.» La porte s’ouvrit soudain, et M. de Varnetot apparut sur le seuil avec ses trois gardes.
Le docteur recula par un mouvement instinctif; puis il salua courtoisement son ennemi et prononça, étranglé par l’émotion: «Je viens, Monsieur, vous communiquer les instructions que j’ai reçues.»
Le gentilhomme, sans lui rendre son salut, répondit: «Je me retire, Monsieur, mais sachez bien que ce n’est ni par crainte, ni par obéissance à l’odieux gouvernement qui usurpe le pouvoir.» Et, appuyant sur chaque mot, il déclara: «Je ne veux pas avoir l’air de servir un seul jour la République. Voilà tout.»
Massarel, interdit, ne répondit rien; et M. de Varnetot, se mettant en marche d’un pas rapide, disparut au coin de la place, suivi toujours de son escorte.
Alors le docteur, éperdu d’orgueil, revint vers la foule. Dès qu’il fut assez près pour se faire entendre, il cria: «Hurrah! hurrah! La République triomphe sur toute la ligne.»
Aucune émotion ne se manifesta.