Comme il ne reparaissait pas, la pensée lui vint d’aller voir en sa chambre s’il avait pris ses gants, ce qui eût indiqué qu’il devait entrer quelque part.

Elle les aperçut du premier coup d’œil. Près d’eux un papier froissé gisait, jeté là.

Elle le reconnut aussitôt, c’était celui qu’on venait de remettre à Georges.

Et une tentation brûlante, la première de sa vie, lui vint de lire, de savoir. Sa conscience révoltée luttait, mais la démangeaison d’une curiosité fouettée et douloureuse poussait sa main. Elle saisit le papier, l’ouvrit, reconnut aussitôt l’écriture, celle de Julie, une écriture tremblée, au crayon. Elle lut: «Viens seul m’embrasser, mon pauvre ami, je vais mourir.»

Elle ne comprit pas d’abord, et restait là stupide, frappée surtout par l’idée de mort. Puis, soudain, le tutoiement saisit sa pensée; et ce fut comme un grand éclair illuminant son existence, lui montrant toute l’infâme vérité, toute leur trahison, toute leur perfidie. Elle comprit leur longue astuce, leurs regards, sa bonne foi jouée, sa confiance trompée. Elle les revit l’un en face de l’autre, le soir sous l’abat-jour de sa lampe, lisant le même livre, se consultant de l’œil à la fin des pages.

Et son cœur soulevé d’indignation, meurtri de souffrance, s’abîma dans un désespoir sans bornes.

Des pas retentirent; elle s’enfuit et s’enferma chez elle.

Son mari, bientôt, l’appela.

—Viens vite, Mme Rosset va mourir.

Berthe parut sur sa porte et, la lèvre tremblante: