Alors il demeura court, ne sachant que dire. Puis, ayant de l’audace, il s’approcha, s’assit sur le fauteuil du milieu, et d’une voix galante: «Je vois qu’il faut vous faire la cour, soit. C’est d’ailleurs un plaisir, car vous êtes charmante. Vous ne vous figurez point comme vous avez gagné depuis six ans. Je ne connais pas de femme qui m’ait donné la sensation délicieuse que j’ai eue en vous voyant sortir de vos fourrures, tout à l’heure. Vraiment, je n’aurais pas cru possible un tel changement...»

Elle prononça, sans remuer la tête, et sans le regarder: «Je ne vous en dirai pas autant, car vous avez beaucoup perdu.»

Il rougit, confus et troublé, puis avec un sourire résigné: «Vous êtes dure.»

Elle se tourna vers lui: «Pourquoi? Je constate. Vous n’avez pas l’intention de m’offrir votre amour, n’est-ce pas? Donc il est absolument indifférent que je vous trouve bien ou mal? Mais je vois que ce sujet vous est pénible. Parlons d’autre chose. Qu’avez-vous fait depuis que je ne vous ai vu?»

Il avait perdu contenance, il balbutia: «Moi? j’ai voyagé, j’ai chassé, j’ai vieilli, comme vous le voyez. Et vous?»

Elle déclara avec sérénité: «Moi, j’ai gardé les apparences comme vous me l’aviez ordonné.»

Un mot brutal lui vint aux lèvres. Il ne le dit pas, mais prenant la main de sa femme, il la baisa: «Et je vous en remercie.»

Elle fut surprise. Il était fort vraiment, et toujours maître de lui.

Il reprit: «Puisque vous avez consenti à ma première demande, voulez-vous maintenant que nous causions sans aigreur.»

Elle eut un petit geste de mépris. «De l’aigreur? mais je n’en ai pas. Vous m’êtes complètement étranger. Je cherche seulement à animer une conversation difficile.»