Et M. Sacrement se remit à l’œuvre.

M. Rosselin, le député, semblait maintenant s’intéresser beaucoup à son succès, et il lui donnait même une foule de conseils pratiques excellents. Il était décoré d’ailleurs, sans qu’on sût quels motifs lui avaient valu cette distinction.

Il indiqua à Sacrement des études nouvelles à entreprendre, il le présenta à des Sociétés savantes qui s’occupaient de points de science particulièrement obscurs, dans l’intention de parvenir à des honneurs. Il le patronna même au ministère.

Or, un jour, comme il venait déjeuner chez son ami (il mangeait souvent dans la maison depuis plusieurs mois) il lui dit tout bas en lui serrant les mains: «Je viens d’obtenir pour vous une grande faveur. Le comité des travaux historiques vous charge d’une mission. Il s’agit de recherches à faire dans diverses bibliothèques de France.»

Sacrement, défaillant, n’en put manger ni boire. Il partit huit jours plus tard.

Il allait de ville en ville, étudiant les catalogues, fouillant en des greniers bondés de bouquins poudreux, en proie à la haine des bibliothécaires.

Or, un soir, comme il se trouvait à Rouen il voulut aller embrasser sa femme qu’il n’avait point vue depuis une semaine; et il prit le train de neuf heures qui devait le mettre à minuit chez lui.

Il avait sa clef. Il entra sans bruit, frémissant de plaisir, tout heureux de lui faire cette surprise. Elle s’était enfermée, quel ennui! Alors il cria à travers la porte: «Jeanne, c’est moi!»

Elle dut avoir grand’peur, car il l’entendit sauter du lit et parler seule comme dans un rêve. Puis elle courut à son cabinet de toilette, l’ouvrit et le referma, traversa plusieurs fois sa chambre dans une course rapide, nu-pieds, secouant les meubles dont les verreries sonnaient. Puis, enfin, elle demanda: «C’est bien toi, Alexandre?»

Il répondit: «Mais oui, c’est moi, ouvre donc!»