—Oui... c’est un secret, un grand secret...

Elle avait enfermé dans une armoire le vêtement glorieux, et revenait vers son mari, tremblante et pâle. Elle reprit: «Oui, c’est un pardessus neuf que je t’ai fait faire. Mais j’avais juré de ne te rien dire. Cela ne sera pas officiel avant un mois ou six semaines. Il faut que ta mission soit terminée. Tu ne devais le savoir qu’à ton retour. C’est M. Rosselin qui a obtenu ça pour toi...»

Sacrement, défaillant, bégayait: «Rosselin... décoré... Il m’a fait décorer... moi... lui... Ah!...»

Et il fut obligé de boire un verre d’eau.

Un petit papier blanc gisait par terre, tombé de la poche du pardessus. Sacrement le ramassa, c’était une carte de visite. Il lut: «Rosselin—député.»

«Tu vois bien», dit la femme.

Et il se mit à pleurer de joie.

Huit jours plus tard l’Officiel annonçait que M. Sacrement était nommé chevalier de la Légion d’honneur, pour services exceptionnels.

Décoré! a paru dans le Gil-Blas du samedi 13 novembre 1883, sous la signature: Maufrigneuse.