Je demandai: Vous vous appelez Francesca?»

Elle fit «oui» de la tête, sans répondre.

Je repris: «Nous allons souper tout à l’heure. En attendant, vous avez peut-être envie de faire votre toilette?»

Elle répondit par un «mica», mot aussi fréquent dans sa bouche que le «che mi fa.» J’insistai: «Après un voyage en chemin de fer, il est si agréable de se nettoyer.»

Puis je pensai qu’elle n’avait peut-être pas les objets indispensables à une femme, car elle me paraissait assurément dans une situation singulière, comme au sortir de quelque aventure désagréable, et j’apportai mon nécessaire.

J’atteignis tous les petits instruments de propreté qu’il contenait: une brosse à ongles, une brosse à dents neuve,—car j’en emporte toujours avec moi un assortiment,—mes ciseaux, mes limes, des éponges. Je débouchai un flacon d’eau de Cologne, un flacon d’eau de lavande ambrée, un petit flacon de new mown hay, pour lui laisser le choix. J’ouvris ma boîte à poudre de riz où baignait la houppe légère. Je plaçai une de mes serviettes fines à cheval sur le pot à eau et je posai un savon vierge auprès de la cuvette.

Elle suivait mes mouvements de son œil large et fâché, sans paraître étonnée ni satisfaite de mes soins.

Je lui dis: «Voilà tout ce qu’il vous faut, je vous préviendrai quand le souper sera prêt.»

Et je rentrai dans le salon. Paul avait pris possession de l’autre chambre et s’était enfermé dedans, je restai donc seul à attendre.

Un garçon allait et venait, apportant les assiettes, les verres. Il mit la table lentement, puis posa dessus un poulet froid et m’annonça que j’étais servi.