Deux commissionnaires nous suivaient avec les malles. Je repris: «Tu devrais bien aller en avant. Tu dirais que nous arrivons. Tu laisserais, en outre, entendre au patron que je suis avec une... amie, et que nous désirons un appartement tout à fait séparé pour nous trois, afin de ne pas nous mêler aux autres voyageurs. Il comprendra, et nous nous déciderons d’après sa réponse.

Mais Paul grommela: «Merci, ces commissions et ce rôle ne me vont guère. Je ne suis pas venu ici pour préparer tes appartements et tes plaisirs.»

Mais j’insistai: «Voyons, mon cher, ne te fâche pas. Il vaut mieux assurément descendre dans un bon hôtel que dans un mauvais, et ce n’est pas bien difficile d’aller demander au patron trois chambres séparées, avec salle à manger.»

J’appuyai sur trois, ce qui le décida.

Il prit donc les devants et je le vis entrer sous la grande porte d’un bel hôtel pendant que je demeurais de l’autre côté de la rue, traînant mon Italienne muette, et suivi pas à pas par les porteurs de colis.

Paul enfin revint, avec un visage aussi maussade que celui de ma compagne: «C’est fait, dit-il, on nous accepte; mais il n’y a que deux chambres. Tu t’arrangeras comme tu pourras.»

Et je le suivis, honteux d’entrer en cette compagnie suspecte.

Nous avions deux chambres en effet, séparées par un petit salon. Je priai qu’on nous apportât un souper froid, puis je me tournai un peu perplexe, vers l’Italienne.

—Nous n’avons pu nous procurer que deux chambres, madame, vous choisirez celle que vous voudrez.

Elle répondit par un éternel: «Che mi fa?» Alors je pris, par terre, sa petite caisse de bois noir, une vraie malle de domestique, et je la portai dans l’appartement de droite que je choisis pour elle... pour nous. Une main française avait écrit sur un carré de papier collé «Mademoiselle Francesca Rondoli. Gênes.»