Je voulus protester; elle ne me le permit pas: «Non, elle vous tiendra compagnie; elle est très douce, et bien plus gaie que l’autre; c’est une bonne fille, une très bonne fille que j’aime beaucoup.»
J’entendais sur les marches un bruit de semelles de savates; et une grande fille parut, brune, mince et jolie, mais dépeignée aussi, et laissant deviner, sous une vieille robe de sa mère, son corps jeune et svelte.
Mme Rondoli la mit aussitôt au courant de ma situation: «C’est le Français de Francesca, celui de l’an dernier, tu sais bien. Il venait la chercher; il est tout seul, ce pauvre monsieur. Alors, je lui ai dit que tu irais avec lui pour lui tenir compagnie.»
Carlotta me regardait de ses beaux yeux bruns, et elle murmura en se mettant à sourire: «S’il veut, je veux bien, moi.»
Comment aurais-je pu refuser? Je déclarai: «Mais certainement que je veux bien.»
Alors Mme Rondoli la poussa dehors: «Va t’habiller, bien vite, bien vite, tu mettras ta robe bleue et ton chapeau à fleurs, dépêche-toi.»
Dès que sa fille fut sortie, elle m’expliqua: «J’en ai encore deux autres, mais plus petites. Ça coûte cher, allez, d’élever quatre enfants! Heureusement que l’aînée est tirée d’affaire à présent.»
Et puis elle me parla de sa vie, de son mari qui était mort employé de chemin de fer, et de toutes les qualités de sa seconde fille Carlotta.
Celle-ci revint, vêtue dans le goût de l’aînée, d’une robe voyante et singulière.
Sa mère l’examina de la tête aux pieds, la jugea bien à son gré, et nous dit: «Allez, maintenant, mes enfants.»