Tout à coup elle entendit qu’on escaladait le mur, et elle faillit se sauver. Si ce n’était pas lui? Si c’était un voleur? Mais non; une voix appelait doucement «Mathilde». Elle répondit «Étienne». Et un homme tomba dans le chemin avec un bruit de ferraille.

C’était lui! quel baiser!

Ils demeurèrent longtemps debout, enlacés, les lèvres unies. Mais tout à coup une pluie fine se mit à tomber, et les gouttes glissant de feuille en feuille faisaient dans l’ombre un frémissement d’eau. Elle tressaillit lorsqu’elle reçut la première goutte sur le cou.

Il lui disait: «Mathilde, ma chérie, mon ange, entrons chez vous. Il est minuit, nous n’avons rien à craindre. Allons chez vous; je vous supplie.»

Elle répondait: «Non, mon bien-aimé, j’ai peur. Qui sait ce qui peut nous arriver.»

Mais il la tenait serrée en ses bras, et lui murmurait dans l’oreille: «Vos domestiques sont au troisième étage, sur la place. Votre chambre est au premier, sur le jardin. Personne ne nous entendra. Je vous aime, je veux t’aimer librement, tout entière, des pieds à la tête.» Et il l’étreignait avec violence, en l’affolant de baisers.

Elle résistait encore, effrayée, honteuse aussi. Mais il la saisit par la taille, l’enleva et l’emporta, sous la pluie qui devenait terrible.

La porte était restée ouverte; ils montèrent à tâtons l’escalier; puis, lorsqu’ils furent entrés dans la chambre, elle poussa les verrous, pendant qu’il enflammait une allumette.

Mais elle tomba défaillante sur un fauteuil. Il se mit à ses genoux et, lentement, il la dévêtait, ayant commencé par les bottines et par les bas, pour baiser ses pieds.

Elle disait, haletante: «Non, non, Étienne, je vous en supplie, laissez-moi rester honnête; je vous en voudrais trop, après! c’est si laid, cela, si grossier! Ne peut-on s’aimer avec les âmes seulement... Étienne.»