Je m’en allai. Puis je fis un voyage en Orient. Je revins par la Russie, l’Allemagne, la Suède et la Hollande.

Je ne rentrai à Paris qu’après dix-huit mois d’absence.

Le lendemain de mon arrivée, comme j’errais sur le boulevard pour reprendre l’air de Paris, j’aperçus, venant à moi, un homme fort pâle, aux traits creusés, qui ressemblait à Blérot autant qu’un phtisique décharné peut ressembler à un fort garçon rouge et bedonnant un peu. Je le regardais, surpris, inquiet, me demandant: «Est-ce lui?» Il me vit, poussa un cri, tendit les bras. J’ouvris les miens, et nous nous embrassâmes en plein boulevard.

Après quelques allées et venues de la rue Drouot au Vaudeville, comme nous nous disposions à nous séparer, car il paraissait déjà exténué d’avoir marché, je lui dis: «Tu n’as pas l’air bien portant. Es-tu malade?» Il répondit: «Oui, un peu souffrant.»

Il avait l’apparence d’un homme qui va mourir; et un flot d’affection me monta au cœur pour ce vieux et si cher ami, le seul que j’aie jamais eu. Je lui serrai les mains.

—Qu’est-ce que tu as donc? Souffres-tu?

—Non, un peu de fatigue. Ce n’est rien.

—Que dit ton médecin?...

—Il parle d’anémie et m’ordonne du fer et de la viande rouge.»

Un soupçon me traversa l’esprit. Je demandai: