«A l’heure calme du soir, j’irai d’une course affolée, vers le large horizon que le soleil couchant teinte en rose. Tout devient rose, là-bas, au crépuscule: les montagnes brûlées, le sable, les vêtements des Arabes, la robe blanche des chevaux.

«Les flamants roses s’envoleront des marais sur le ciel rose; et je pousserai des cris de délire, noyé dans la roseur illimitée du monde.

«Je ne verrai plus, le long des trottoirs, assourdi par le bruit dur des fiacres sur les pavés, des hommes vêtus de noir, assis sur des chaises incommodes, boire l’absinthe en parlant d’affaires.

«J’ignorerai le cours de la Bourse, les fluctuations des valeurs, toutes les inutiles bêtises où nous gaspillons notre courte, misérable et trompeuse existence. Pourquoi ces peines, ces souffrances, ces luttes? Je me reposerai à l’abri du vent dans ma somptueuse et claire demeure.

«Et j’aurai quatre ou cinq épouses en des appartements moelleux, cinq épouses venues des cinq parties du monde et qui m’apporteront la saveur de la beauté féminine épanouie dans toutes les races.»

Il se tut encore, puis prononça doucement:

—Laisse-moi.

Je m’en allai. Je ne le revis plus.

Deux mois plus tard il m’écrivit ces trois mots seuls: «Je suis heureux».

Sa lettre sentait l’encens et d’autres parfums très doux.