Il jugea les temps venus. Ce fut une vraie nuit d’épousailles.
Puis ils eurent une lune de miel, pleine de caresses et d’espérances.
Puis ils s’aperçurent que leurs tentatives demeuraient infructueuses et que leur confiance était vaine.
Ce fut un désespoir, un désastre. Mais Lesable ne perdit pas courage, il s’obstina avec des efforts surhumains. Sa femme, agitée du même désir, et tremblant de la même crainte, plus robuste aussi que lui, se prêtait de bonne grâce à ses tentatives, appelait ses baisers, réveillait sans cesse son ardeur défaillante.
Ils revinrent à Paris dans les premiers jours d’octobre.
La vie devenait dure pour eux. Ils avaient maintenant aux lèvres des paroles désobligeantes; et Cachelin, qui flairait la situation, les harcelait d’épigrammes de vieux troupier, envenimées et grossières.
Et une pensée incessante les poursuivait, les minait, aiguillonnait leur rancune mutuelle, celle de l’héritage insaisissable. Cora maintenant avait le verbe haut, et rudoyait son mari. Elle le traitait en petit garçon, en moutard, en homme de peu d’importance. Et Cachelin, à chaque dîner, répétait: «Moi, si j’avais été riche, j’aurais eu beaucoup d’enfants... Quand on est pauvre, il faut savoir être raisonnable.» Et, se tournant vers sa fille, il ajoutait: «Toi, tu dois être comme moi, mais voilà...» Et il jetait à son gendre un regard significatif accompagné d’un mouvement d’épaules plein de mépris.
Lesable ne répliquait rien, en homme supérieur tombé dans une famille de rustres. Au ministère on lui trouvait mauvaise mine. Le chef même, un jour, lui demanda: «N’êtes-vous pas malade? Vous me paraissez un peu changé.»
Il répondit: «Mais non, cher maître. Je suis peut-être fatigué. J’ai beaucoup travaillé depuis quelque temps, comme vous l’avez pu voir.»
Il comptait bien sur son avancement à la fin de l’année, et il avait repris, dans cet espoir, sa vie laborieuse d’employé modèle.