A la fin je me sentis si énervé, si furieux contre moi et contre elle que je compris que j’allais la battre si je ne quittais point la place.
Je sautai du lit, je m’habillai brusquement avec rage, sans dire un mot.
Elle s’était soudain calmée et, comprenant que j’étais fâché, elle demanda:
—Qu’est-ce que vous faites? Où allez-vous?
Je ne répondis pas. Et je descendis dans la rue. J’avais envie de tuer quelqu’un, de me venger, de faire quelque folie. J’allai devant moi à grands pas, et brusquement la pensée d’entrer chez des filles me vint dans l’esprit.
Qui sait? ce serait une épreuve, une expérience, peut-être un entraînement? En tout cas ce serait une vengeance! Et si jamais je devais être trompé par ma femme elle l’aurait toujours été d’abord par moi.
Je n’hésitai point. Je connaissais une hôtellerie d’amour non loin de ma demeure, et j’y courus, et j’y entrai comme font ces gens qui se jettent à l’eau pour voir s’ils savent encore nager.
Je nageais, et fort bien. Et je demeurai là longtemps, savourant cette vengeance secrète et raffinée. Puis je me retrouvai dans la rue à cette heure fraîche où la nuit va finir. Je me sentais maintenant calme et sûr de moi, content, tranquille, et prêt encore, me semblait-il, pour des prouesses.
Alors, je rentrai chez moi avec lenteur; et j’ouvris doucement la porte de ma chambre.
Gabrielle lisait, accoudée sur son oreiller. Elle leva la tête et demanda d’un ton craintif: