—Ma conduite avec les Prussiens? Mais quand je te dis qu’ils m’ont prise, et quand je te dis que, si je ne me suis pas soignée, c’est parce que j’ai voulu les empoisonner. Si j’avais voulu me guérir, ça n’était pas difficile, parbleu! mais je voulais les tuer, moi, et j’en ai tué, va!

Il restait debout:

—Dans tous les cas, c’est honteux, dit-il.

Elle eut une sorte d’étouffement, puis reprit:

—Qu’est-ce qui est honteux, de m’être fait mourir pour les exterminer, dis? Tu ne parlais pas comme ça quand tu venais chez moi, rue Jeanne-d’Arc? Ah! c’est honteux! Tu n’en aurais pas fait autant, toi, avec ta croix d’honneur! Je l’ai plus méritée que toi, vois-tu, plus que toi, et j’en ai tué plus que toi, des Prussiens!...

Il demeurait stupéfait devant elle, frémissant d’indignation.

—Ah! tais-toi... tu sais... tais-toi... parce que... ces choses-là... je ne permets pas... qu’on y touche...

Mais elle ne l’écoutait guère:

—Avec ça que vous leur avez fait bien du mal aux Prussiens! Ça serait-il arrivé si vous les aviez empêchés de venir à Rouen. Dis? C’est vous qui deviez les arrêter, entends-tu. Et je leur ai fait plus de mal que toi, moi, oui, plus de mal, puisque je vais mourir, tandis que tu te balades, toi, et que tu fais le beau pour enjôler les femmes...

Sur chaque lit une tête s’était dressée, et tous les yeux regardaient cet homme en uniforme qui bégayait: