J’attends. Les amateurs sont nombreux. Tu verras là un Français, M. de Belvigne; un Russe, appelé le prince Kravalow, et un Italien, le chevalier Valréali, qui ont posé nettement leurs candidatures et qui manœuvrent en conséquence. Nous comptons, en outre, autour d’elle, beaucoup de maraudeurs de moindre importance.
La marquise guette. Mais je crois qu’elle a des vues sur moi. Elle me sait fort riche et elle possède moins les autres.
Son salon est d’ailleurs le plus étonnant que je connaisse dans ce genre d’expositions. On y rencontre même des hommes fort bien, puisque nous y allons, et nous ne sommes pas les seuls. Quant aux femmes, elle a trouvé, ou plutôt elle a trié ce qu’il y a de mieux dans la hotte aux pilleuses de bourses. Où les a-t-elle découvertes, on l’ignore. C’est un monde à côté de celui des vraies drôlesses, à côté de la bohème, à côté de tout. Elle a eu d’ailleurs une inspiration de génie, c’est de choisir spécialement les aventurières en possession d’enfants, de filles principalement. De sorte qu’un imbécile se croirait là chez des honnêtes femmes!
Ils avaient atteint l’avenue des Champs-Élysées. Une brise légère passait doucement dans les feuilles, glissait par moments sur les visages, comme les souffles doux d’un éventail géant balancé quelque part dans le ciel. Des ombres muettes erraient sous les arbres, d’autres, sur les bancs, faisaient une tache sombre. Et ces ombres parlaient très bas, comme si elles se fussent confié des secrets importants ou honteux.
Servigny reprit:
—Tu ne te figures pas la collection de titres de fantaisie qu’on rencontre dans ce repaire.
A ce propos, tu sais que je vais te présenter sous le nom de comte Saval, Saval tout court serait mal vu, très mal vu.
Son ami s’écria:
—Ah! mais non, par exemple. Je ne veux pas qu’on me suppose, même un soir, même chez ces gens-là, le ridicule de vouloir m’affubler d’un titre. Ah! mais non.
Servigny se mit à rire.