Servigny haussa les épaules avec un geste d’ignorant.
—Je n’en sais rien. Le dernier connu était un pair d’Angleterre, parti depuis trois mois. Aujourd’hui, elle doit vivre sur le commun, sur le jeu peut-être et sur les joueurs, car elle a des caprices. Mais, dis-moi, il est bien entendu que nous allons dîner samedi chez elle, à Bougival, n’est-ce pas? A la campagne, on est plus libre et je finirai bien par savoir ce qu’Yvette a dans la tête!
Saval répondit:
—Moi, je ne demande pas mieux, je n’ai rien à faire ce jour-là.
En redescendant les Champs-Élysées sous le champ de feu des étoiles, ils dérangèrent un couple étendu sur un banc et Servigny murmura:
—Quelle bêtise et quelle chose considérable en même temps. Comme c’est banal, amusant, toujours pareil et toujours varié, l’amour! Et le gueux qui paye vingt sous cette fille ne lui demande pas autre chose que ce que je payerais dix mille francs à une Obardi quelconque, pas plus jeune et pas moins bête que cette rouleuse, peut-être? Quelle niaiserie!
Il ne dit rien pendant quelques minutes, puis il prononça de nouveau:
—C’est égal, ce serait une rude chance d’être le premier amant d’Yvette. Oh! pour cela je donnerais... je donnerais...
Il ne trouva pas ce qu’il donnerait. Et Saval lui dit bonsoir, comme ils arrivaient au coin de la rue Royale.
II