Les valets servaient sans bruit. L’incendie du firmament s’éteignait, et la nuit lente déployait ses ombres sur la terre. Saval demanda:
—Avez-vous l’intention de demeurer longtemps dans ce pays?
Et la marquise répondit en appuyant sur chaque parole:
—Oui. Tant que j’y serai heureuse.
Comme on n’y voyait plus, on apporta les lampes. Elles jetèrent sur la table une étrange lumière pâle sous la grande obscurité de l’espace; et aussitôt une pluie de mouches tomba sur la nappe. C’étaient de toutes petites mouches qui se brûlaient en passant sur les cheminées de verre, puis, les ailes et les pattes grillées, poudraient le linge, les plats, les coupes, d’une sorte de poussière grise et sautillante.
On les avalait dans le vin, on les mangeait dans les sauces, on les voyait remuer sur le pain. Et toujours on avait le visage et les mains chatouillés par la foule innombrable et volante de ces insectes menus.
Il fallait jeter sans cesse les boissons, couvrir les assiettes, manger en cachant les mets avec des précautions infinies.
Ce jeu amusait Yvette, Servigny prenant soin d’abriter ce qu’elle portait à sa bouche, de garantir son verre, d’étendre sur sa tête, comme un toit, sa serviette déployée. Mais la marquise, dégoûtée, devint nerveuse, et la fin du dîner fut courte.
Yvette, qui n’avait point oublié la proposition de Servigny, lui dit:
—Nous allons dans l’île, maintenant.