—Écoute, ma fille, il y a des choses que tu ne comprends pas encore. Eh bien... n’oublie point... n’oublie point... que je te défends... de me parler jamais... de... de... de ces choses.
Mais la jeune fille, prenant brusquement le rôle de sauveur qu’elle s’était imposé, prononça:
—Non, maman, je ne suis plus une enfant, et j’ai le droit de savoir. Eh bien, je sais que nous recevons des gens mal famés, des aventuriers, je sais aussi qu’on ne nous respecte pas à cause de cela. Je sais autre chose encore. Eh bien, il ne faut plus, entends-tu? je ne veux pas. Nous allons partir; tu vendras tes bijoux; nous travaillerons s’il le faut, et nous vivrons comme des honnêtes femmes, quelque part, bien loin. Et si je trouve à me marier, tant mieux.
Sa mère la regardait de son œil noir, irrité. Elle répondit:
—Tu es folle. Tu vas me faire le plaisir de te lever et de venir déjeuner avec tout le monde.
—Non, maman. Il y a quelqu’un ici que je ne reverrai pas, tu me comprends. Je veux qu’il sorte, ou bien c’est moi qui sortirai. Tu choisiras entre lui et moi.
Elle s’était assise dans son lit, et elle haussait la voix, parlant comme on parle sur la scène, entrant enfin dans le drame qu’elle avait rêvé, oubliant presque son chagrin pour ne se souvenir que de sa mission.
La marquise, stupéfaite, répéta encore une fois:
—Mais tu es folle..., ne trouvant rien autre chose à dire.
Yvette reprit avec une énergie théâtrale: