—Non, maman, cet homme quittera la maison, ou c’est moi qui m’en irai, car je ne faiblirai pas.
—Et où iras-tu?... Que feras-tu?
—Je ne sais pas, peu m’importe... Je veux que nous soyons des honnêtes femmes.
Ce mot qui revenait «honnêtes femmes» soulevait la marquise d’une fureur de fille et elle cria:
—Tais-toi! je ne te permets pas de me parler comme ça. Je vaux autant qu’une autre, entends-tu? Je suis une courtisane, c’est vrai, et j’en suis fière; les honnêtes femmes ne me valent pas.
Yvette, atterrée, la regardait; elle balbutia:
—Oh, maman!
Mais la marquise, s’exaltant, s’excitant:
—Eh bien! oui, je suis une courtisane. Après? Si je n’étais pas une courtisane, moi, tu serais aujourd’hui une cuisinière, toi, comme j’étais autrefois, et tu ferais des journées de trente sous, et tu laverais la vaisselle, et ta maîtresse t’enverrait à la boucherie, entends-tu, et elle te ficherait à la porte si tu flânais, tandis que tu flânes toute la journée parce que je suis une courtisane. Voilà. Quand on n’est rien qu’une bonne, une pauvre fille avec cinquante francs d’économies, il faut savoir se tirer d’affaire, si on ne veut pas crever dans la peau d’une meurt-de-faim; et il n’y a pas deux moyens pour nous, il n’y en a pas deux, entends-tu, quand on est servante! Nous ne pouvons pas faire fortune, nous, avec des places, ni avec des tripotages de bourse. Nous n’avons rien que notre corps, rien que notre corps.
Elle se frappait la poitrine, comme un pénitent qui se confesse, et, rouge, exaltée, avançant vers le lit: