Il était d’une humeur de chien enragé et se promettait bien de faire nette tout de suite la situation. Il dirait à sa maîtresse: «Tu sais, j’ai trouvé les vingt francs que tu as mis dans ma poche l’autre jour. Je ne te les rends pas aujourd’hui parce que ma position n’a point changé, et que je n’ai pas eu le temps de m’occuper de la question d’argent. Mais je te les remettrai la première fois que nous nous verrons.»

Elle arriva, tendre, empressée, pleine de craintes. Comment allait-il la recevoir? Et elle l’embrassa avec persistance pour éviter une explication dans les premiers moments.

Il se disait, de son côté: «Il sera bien temps tout à l’heure d’aborder la question. Je vais chercher un joint.»

Il ne trouva pas de joint et ne dit rien, reculant devant les premiers mots à prononcer sur ce sujet délicat.

Elle ne parla point de sortir et fut charmante de toutes façons.

Ils se séparèrent vers minuit, après avoir pris rendez-vous seulement pour le mercredi de la semaine suivante, car Mme de Marelle avait plusieurs dîners en ville de suite.

Le lendemain, en payant son déjeuner, comme Duroy cherchait les quatre pièces de monnaie qui devaient lui rester, il s’aperçut qu’elles étaient cinq, dont une en or.

Au premier moment il crut qu’on lui avait rendu, la veille, vingt francs par mégarde; puis il comprit, et il sentit une palpitation de cœur sous l’humiliation de cette aumône persévérante.

Comme il regretta de n’avoir rien dit! S’il avait parlé avec énergie, cela ne serait point arrivé.

Pendant quatre jours il fit des démarches et des efforts aussi nombreux qu’inutiles pour se procurer cinq louis, et il mangea le second de Clotilde.