Elle trouva moyen, bien qu’il lui eût dit, d’un air furieux: «Tu sais, ne recommence pas la plaisanterie des autres soirs, parce que je me fâcherais», de glisser encore vingt francs dans la poche de son pantalon, la première fois qu’ils se rencontrèrent.

Quand il les découvrit, il jura «Nom de Dieu!» et il les transporta dans son gilet pour les avoir sous la main, car il se trouvait sans un centime.

Il apaisait sa conscience par ce raisonnement: «Je lui rendrai le tout en bloc. Ce n’est en somme que de l’argent prêté.»

Enfin le caissier du journal, sur ses prières désespérées, consentit à lui donner cent sous par jour. C’était tout juste assez pour manger, mais pas assez pour restituer soixante francs.

Or, comme Clotilde fut reprise de sa rage pour les excursions nocturnes dans tous les lieux suspects de Paris, il finit par ne plus s’irriter outre mesure de trouver un jaunet dans une de ses poches, un jour même dans sa bottine, et un autre jour dans la boîte de sa montre, après leurs promenades aventureuses.

Puisqu’elle avait des envies qu’il ne pouvait satisfaire dans le moment, n’était-il pas naturel qu’elle les payât plutôt que de s’en priver?

Il tenait compte d’ailleurs de tout ce qu’il recevait ainsi, pour le lui restituer un jour.

Un soir elle lui dit:

—Croirais-tu que je n’ai jamais été aux Folies-Bergère? Veux-tu m’y mener?

Il hésita, dans la crainte de rencontrer Rachel. Puis il pensa: «Bah! je ne suis pas marié avec elle après tout. Si l’autre me voit, elle comprendra la situation et ne me parlera pas. D’ailleurs nous prendrons une loge.»