Elle était pleine de monde, car chacun avait regagné sa place, afin de les voir passer ensemble. Il allait lentement, d’un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau courir de légers frissons, ces frissons froids que donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait personne. Il ne pensait qu’à lui.
Lorsqu’il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges Du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l’enviait.
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu’il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon.
Il descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs. Mais il ne les voyait point; sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux éblouis par l’éclatant soleil flottait l’image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit.
FIN
NOTE.
Le manuscrit de Bel-Ami se compose de 436 feuillets de papier dit écolier, paginés 1 à 436. Il ne présente aucun caractère particulier sous le rapport des corrections qui, en raison de l’importance de l’œuvre, sont peu nombreuses. Au début Duroy s’y appelle Leroy et Boisrenard, Plumelard. Le rendez-vous entre Bel-Ami et Mme Walter y est placé à Saint-Augustin et non à la Trinité, d’où quelques modifications de détails. Le constat d’adultère a donné lieu à quelques reprises en marge du manuscrit: l’ouverture de la porte, la description de la chambre meublée, l’identité de Laroche-Mathieu.
Bel-Ami fut terminé en février 1885, il parut en feuilleton dans le Gil-Blas, du mercredi 8 avril au samedi 30 mai de la même année.
Maupassant écrivait en effet à l’éditeur Havard (21 février 1885):