Vous me demandez de mes nouvelles. Elles ne sont pas fameuses. J’ai les yeux de plus en plus malades. Cela tient, je crois, à ce qu’ils sont extrêmement fatigués par le travail... J’ai fini Bel-Ami. Je n’ai plus qu’à relire et retoucher les deux derniers chapitres. Avec six jours de travail, ce sera complètement terminé.
Dans une lettre à sa mère, datée de juillet 1885, il ajoutait:
Rien de nouveau pour Bel-Ami. C’est ce livre qui m’a empêché d’aller à Étretat, car je me remue beaucoup pour en activer la vente, mais sans grand succès. La mort de Victor Hugo lui a porté un coup terrible. Nous sommes à la vingt-septième édition, soit 13,000 vendus. Comme je te le disais, nous irons à vingt mille ou vingt-deux mille. C’est fort honorable et voilà tout.
APPENDICE.
Bel-Ami fut très discuté dans les journaux. On reprochait surtout à l’auteur ses peintures du monde de la presse qu’on trouvait poussées au noir. Voici ce qu’en écrivait Montjoyeux dans le Gaulois:
«Le roman à la mode, c’est Bel-Ami. Il faut l’aborder bravement. Jamais M. Guy de Maupassant n’a obtenu un succès plus rapide et plus complet... M. Guy de Maupassant est un artiste et son roman, une œuvre d’art... Quelques délicats le trouveront sans doute un peu cru; reste à savoir s’il est vrai.
«Ici je me recueille et je réponds très sincèrement: Je ne sais pas... Je ne puis croire que ce soit là tout le journalisme. Balzac nous l’avait montré plus grand, malgré ses côtés faibles... Ici nous nageons gaiement dans un océan de boue... Quelle société! bons dieux! Quel milieu! quel monde!
«Il a beaucoup de talent, M. Guy de Maupassant; mais son Bel-Ami est bien répugnant, et, dût-on me trouver arriéré, j’aimerais mieux lui voir choisir des sujets plus propres.»
C’est à ces critiques et à d’autres analogues que Maupassant répondit dans la lettre suivante: