Le père était sorti.
Céleste prit l’enfant, l’embrassa et, à pas muets, l’emporta dans sa chambre, puis le coucha. Et elle revint dans la salle à manger, défit la table, rangea tout, très inquiète.
On n’entendait aucun bruit dans la maison, aucun. Elle alla coller son oreille à la porte de son maître. Il ne faisait aucun mouvement. Elle posa son œil au trou de la serrure. Il écrivait, et semblait tranquille.
Alors elle retourna s’asseoir dans sa cuisine pour être prête en toute circonstance, car elle flairait bien quelque chose.
Elle s’endormit sur une chaise et ne se réveilla qu’au jour.
Elle fit le ménage, comme elle avait coutume, chaque matin; elle balaya, elle épousseta, et, vers huit heures, prépara le café de M. Lemonnier.
Mais elle n’osait point le porter à son maître, ne sachant trop comment elle allait être reçue; et elle attendit qu’il sonnât. Il ne sonna point. Neuf heures, puis dix heures passèrent.
Céleste, effarée, prépara son plateau et se mit en route, le cœur battant. Devant la porte elle s’arrêta, écouta. Rien ne remuait. Elle frappa; on ne répondit pas. Alors, rassemblant tout son courage, elle ouvrit, entra, puis, poussant un cri terrible, laissa choir le déjeuner qu’elle tenait aux mains.
M. Lemonnier pendait au beau milieu de sa chambre, accroché par le cou à l’anneau du plafond. Il avait la langue tirée affreusement. La savate droite gisait, tombée à terre. La gauche était restée au pied. Une chaise renversée avait roulé jusqu’au lit.
Céleste, éperdue, s’enfuit en hurlant. Tous les voisins accoururent. Le médecin constata que la mort remontait à minuit.