Pourquoi ne vont-ils jamais ailleurs, ne choisissent-ils aucun autre point de cette longue falaise blanche et sans cesse pareille qui court du Pas-de-Calais au Havre? Quelle force, quel instinct invincible, quelle habitude séculaire poussent ces oiseaux à revenir en ce lieu? Quelle première émigration, quelle tempête peut-être a jadis jeté leurs pères sur cette roche? Et pourquoi les fils, les petits-fils, tous les descendants des premiers y sont-ils toujours retournés!

Ils ne sont pas nombreux: une centaine au plus, comme si une seule famille avait cette tradition, accomplissait ce pèlerinage annuel.

Et chaque printemps, dès que la petite tribu voyageuse s’est réinstallée sur sa roche, les mêmes chasseurs aussi reparaissent dans le village. On les a connus jeunes autrefois; ils sont vieux aujourd’hui, mais fidèles au rendez-vous régulier qu’ils se sont donné depuis trente ou quarante ans.

Pour rien au monde, ils n’y manqueraient.

C’était par un soir d’avril de l’une des dernières années. Trois des anciens tireurs de guillemots venaient d’arriver; un d’eux manquait, M. d’Arnelles.

Il n’avait écrit à personne, n’avait donné aucune nouvelle! Pourtant il n’était point mort, comme tant d’autres; on l’aurait su. Enfin, las d’attendre, les premiers venus se mirent à table; et le dîner touchait à sa fin, quand une voiture roula dans la cour de l’hôtellerie; et bientôt le retardataire entra.

Il s’assit, joyeux, se frottant les mains, mangea de grand appétit, et, comme un de ses compagnons s’étonnait qu’il fût en redingote, il répondit tranquillement:

—Oui, je n’ai pas eu le temps de me changer.

On se coucha en sortant de table, car, pour surprendre les oiseaux, il faut partir bien avant le jour.

Rien de joli comme cette chasse, comme cette promenade matinale.