Et nous voilà en route pour revenir. Il n’avait pas encore dit un mot de la fille. Mais tout à coup, il demanda d’un air sournois et gêné:
—Mais, si a mourait, à qui qu’il irait, çu bien?
Je répondis:
—Mais, à vous, naturellement.
C’était tout ce qu’il voulait savoir depuis le matin. Aussitôt, il me tendit la main d’un mouvement satisfait. Nous étions d’accord.
Oh! par exemple, j’eus du mal pour décider Rose. Elle se traînait à mes pieds, elle sanglotait, elle répétait: «C’est vous qui me proposez ça! c’est vous! c’est vous!» Pendant plus d’une semaine, elle résista malgré mes raisonnements et mes prières. C’est bête, les femmes; une fois qu’elles ont l’amour en tête, elles ne comprennent plus rien. Il n’y a pas de sagesse qui tienne, l’amour avant tout, tout pour l’amour!
A la fin je me fâchai et la menaçai de la jeter dehors. Alors elle céda peu à peu, à condition que je lui permettrais de venir me voir de temps en temps.
Je la conduisis moi-même à l’autel, je payai la cérémonie, j’offris à dîner à toute la noce. Je fis grandement les choses, enfin. Puis: «Bonsoir, mes enfants!» J’allai passer six mois chez mon frère en Touraine.
Quand je fus de retour, j’appris qu’elle était venue, chaque semaine, au château me demander. Et j’étais à peine arrivé depuis une heure que je la vis arriver avec un marmot dans les bras. Vous me croirez si vous voulez, mais ça me fit quelque chose de voir ce mioche. Je crois même que je l’embrassai.
Quant à la mère, une ruine, un squelette, une ombre. Maigre, vieillie. Bigre de bigre, ça ne lui allait pas, le mariage! Je lui demandai machinalement: