Elle était toute jeune, jolie, brune, avec une ombre de moustache sur les lèvres.
Quant à lui, il suait et s’essuyait le front. C’était assurément un ménage de petits bourgeois parisiens. L’homme semblait atterré, éreinté et désolé.
Il murmura:
—Mais, ma bonne amie... c’est toi...
Elle ne le laissa pas achever.
—C’est moi!... Ah! c’est moi maintenant. Est-ce moi qui ai voulu partir sans renseignements en prétendant que je me retrouverais toujours? Est-ce moi qui ai voulu prendre à droite au haut de la côte, en affirmant que je reconnaissais le chemin? Est-ce moi qui me suis chargée de Cachou...
Elle n’avait point achevé de parler, que son mari, comme s’il eût été pris de folie, poussa un cri perçant, un long cri de sauvage qui ne pourrait s’écrire en aucune langue, mais qui ressemblait à tiiitiiit.
La jeune femme ne parut ni s’étonner, ni s’émouvoir, et reprit:
—Non, vraiment, il y a des gens trop stupides, qui prétendent toujours tout savoir. Est-ce moi qui ai pris, l’année dernière, le train de Dieppe, au lieu de prendre celui du Havre, dis, est-ce moi? Est-ce moi qui ai parié que M. Letourneur demeurait rue des Martyrs?... Est-ce moi qui ne voulais pas croire que Céleste était une voleuse?...
Et elle continuait avec furie, avec une vélocité de langue surprenante, accumulant les accusations les plus diverses, les plus inattendues et les plus accablantes fournies par toutes les situations intimes de l’existence commune, reprochant à son mari tous ses actes, toutes ses idées, toutes ses allures, toutes ses tentatives, tous ses efforts, sa vie depuis leur mariage jusqu’à l’heure présente.