—Tout seul dans le bois?
—Oui, m’sieu.
L’envie de le tuer me grisait comme de l’alcool. Je m’approchai tout doucement, persuadé qu’il allait s’enfuir. Et voilà que je le saisis à la gorge... Je le serre, je le serre de toute ma force! Il m’a regardé avec des yeux effrayants! Quels yeux! Tout ronds, profonds, limpides, terribles! Je n’ai jamais éprouvé une émotion si brutale... mais si courte! Il tenait mes poignets dans ses petites mains, et son corps se tordait ainsi qu’une plume sur le feu. Puis il n’a plus remué.
Mon cœur battait, ah! le cœur de l’oiseau! J’ai jeté le corps dans le fossé, puis de l’herbe par-dessus.
Je suis rentré, j’ai bien dîné. Comme c’est peu de chose! Le soir, j’étais très gai, léger, rajeuni, j’ai passé la soirée chez le préfet. On m’a trouvé spirituel.
Mais je n’ai pas vu le sang! Je suis tranquille.
30 août.—On a découvert le cadavre. On cherche l’assassin. Ah! ah!
1ᵉʳ septembre.—On a arrêté deux rôdeurs. Les preuves manquent.
2 septembre.—Les parents sont venus me voir. Ils ont pleuré! Ah! ah!
6 octobre.—On n’a rien découvert. Quelque vagabond errant aura fait le coup. Ah! ah! Si j’avais vu le sang couler, il me semble que je serais tranquille à présent!