10 octobre.—L’envie de tuer me court dans les moelles. Cela est comparable aux rages d’amour qui vous torturent à vingt ans.
20 octobre.—Encore un. J’allais le long du fleuve, après déjeuner. Et j’aperçus, sous un saule, un pêcheur endormi. Il était midi. Une bêche semblait, tout exprès, plantée dans un champ de pommes de terre voisin.
Je la pris, je revins; je la levai comme une massue et, d’un seul coup, par le tranchant, je fendis la tête du pêcheur. Oh! il a saigné, celui-là! Du sang rose, plein de cervelle! Cela coulait dans l’eau, tout doucement. Et je suis parti d’un pas grave. Si on m’avait vu! Ah! ah! j’aurais fait un excellent assassin.
25 octobre.—L’affaire du pêcheur soulève un grand bruit. On accuse du meurtre son neveu, qui pêchait avec lui.
26 octobre.—Le juge d’instruction affirme que le neveu est coupable. Tout le monde le croit par la ville. Ah! ah!
27 octobre.—Le neveu se défend bien mal. Il était parti au village acheter du pain et du fromage, affirme-t-il. Il jure qu’on a tué son oncle pendant son absence! Qui le croirait?
28 octobre.—Le neveu a failli avouer, tant on lui fait perdre la tête! Ah! ah! La justice!
15 novembre.—On a des preuves accablantes contre le neveu, qui devait hériter de son oncle. Je présiderai les assises.
25 janvier.—A mort! à mort! à mort! Je l’ai fait condamner à mort! Ah! ah! L’avocat général a parlé comme un ange! Ah! ah! Encore un. J’irai le voir exécuter!
10 mars.—C’est fini. On l’a guillotiné ce matin. Il est très bien mort! très bien! Cela m’a fait plaisir! Comme c’est beau de voir trancher la tête d’un homme! Le sang a jailli comme un flot, comme un flot! Oh! si j’avais pu, j’aurais voulu me baigner dedans. Quelle ivresse de me coucher là-dessous, de recevoir cela dans mes cheveux et sur mon visage, et de me relever tout rouge, tout rouge! Ah! si on savait!